Irving Penn, l'oeil de la mode

25/09/2017

 

On dit souvent qu’une oeuvre d’art peut être intéressante même si elle ne répond pas à certains critères de beauté. Mais ce n’est pas pour autant qu’il nous faut totalement mépriser l’esthétique. Irving Penn, dont l’oeuvre est exposé au Grand Palais du 21 Septembre 2017 au 29 Janvier 2018 rassemble tous les éléments nécessaires pour faire des clichés resplendissants de beauté. C’est un amoureux des formes, de la lumière, des drapés, du contraste entre des noirs profonds et des blancs brillants, et de la manière dont tous ces éléments peuvent se combiner. Un assortiment de femmes plus belles les unes que les autres, de grands chapeaux à la mode des années cinquante et des vêtements de haute couture, oui, mais ce n’est pas tout. Rien n’est laissé au hasard sous l’oeil de lynx du photographe, qui nous livre des clichés très réfléchis en matière de composition. Il joue avec les formes des visages et des accessoires pour nous apporter des photographies en noir et blanc fabuleuses. 

 

Irving Penn, immense photographe de mode qui a travaillé 66 ans chez Vogue, est aussi un portraitiste hors pair à travers le monde. Il a immortalisé nombre de personnalités différentes, de Marcel Duchamp aux habitants de Cuzco en passant par de typiques travailleurs londoniens et new-yorkais.

 

Au fil des années, une distance s’instaure néanmoins avec le monde de la mode, et Penn apporte une vision nouvelle, plus personnelle, à la cigarette et au nu, notamment. Il aborde ses sujets d’une autre manière, plus abstraite et avec plus de recul.

 

Les cigarettes sont une série très particulière. On devine la haine du photographe pour le tabac, mais paradoxalement, ces mégots ont quelque chose d’étrangement vivant. 

Les papiers fripés font penser à de la peau, dont les étranges écritures délavées pourraient être des tatouages. Ces clichés de mégots agrandis prennent l’aspect de souches d’arbre et les bouts de tabac noirci qui dépassent des petits rouleaux de papier évoquent les pattes crochues d’insectes non identifiés. Mis côte à côte, ce sont des objets anthropomorphiques, pouvant représenter les cinq doigts d’une main consumée. 

La notion de la vie entre en jeu: la consomption de la cigarette, ou de celle du fumeur… Irving Penn accorde une deuxième vie à ces cigarettes en faisant ces clichés, chose qu’il ne peut malheureusement pas faire avec ses amis détrônés par le cancer.

 

Une exposition passionnante, diversifiée, un bonheur pour la rétine. A ne louper sous aucun prétexte.

 

 


Le grand Léonard

17/08/2017

 

C'est un portrait hors du commun qui m'a saisie ici, le portrait d'un vieillard. Je me suis rendue à l'exposition Léonard de Vinci, à la Bibliothèque Royale deTurin. Dans une salle sombre et à l'acoustique sourde, l'autoportrait du maître, daté de 1490, m'a sauté au visage.

 

La première chose qui m'a surprise a été la fusion que le papier a réalisé avec le dessin au cours des siècles. Les traits fins, rougeâtres et fébriles de la sanguine se sont enfouis dans le papier qui s'est couvert progressivement d'une multitude de petites taches brunes, comme si le papier avait, lui aussi, son mot à dire. Ce processus m'a rappelé les taches de vieillesse qui ornent la peau des personnes agées, ainsi que les miroirs qui se voilent de petites taches noires au fil des années, semblables à des grains de beauté.

 

On assiste alors à deux vieillesses : celle qui est représentée et celle à laquelle on assiste visuellement. Je ne peux m'empêcher de les comparer. Quel rôle joue l'âge du papier à côté de celui du vieillard ? Quand est-ce que l'âge du papier a-t-il dépassé celui de l'être représenté ? Que représente cet âge par rapport au temps nécessaire à la réalisation de ce dessin ? Quel aspect aura la feuille quand j'aurai atteint l'âge que de Vinci avait en 1490 ? Est ce que le dessin disparaîtra complètement sous les traces laissées par le temps ?

 

Après ces premières questions relatives au temps, je parviens à mieux me concentrer sur le portrait lui-même, un viel homme au regard perdu dans le lointain. On suppose un moment de profonde médiation, de questionnements, et d'anxiété aussi, peut-être. Il a cette expression que revêtent les gens qui pensent, leur regard étant à la fois perdu au loin et au fin fond d'eux-mêmes. Le fait que ce portrait n'occupe qu'un septième de la feuille environ, laisse l'espace restant à la libre circulation de ses pensées.

 

Le thème de la vie occupe aussi une grande place dans cette œuvre. La feuille continue à vivre sans le vieillard, après sa longue existence que l'on devine à travers ce portrait. On notera aussi l'utilisation de la sanguine, qui emprunte sa teinte rouge orangée au liquide qui coule dans les veines des êtres vivants.

 

C'est donc une évolution, un mécanisme, une transformation chimique, quelque chose d'extrêmement vivant qui vient apporter son grain de sel dans une œuvre de l'un des artistes les plus célèbres et respectés au monde. Il n'y a que le temps pour enfreindre ce respect et presque recréer un nouveau dessin à sa guise.

 

 



Mütter, Gespenster, Schleier.

14/06/2017

 

Im März bekam ich eine Email von dem Kunstmagazin Artips. Zwei mal die Woche wird einem eine  kurze Anecdote über Kunst geschickt. Dieses Mal war das Thema ‘Hidden Mothers’, wo eine Serie von Fotos, auf denen Kindern und bedeckte Figuren zu sehen waren. Fotos, die am Ende des 19tes Jahrhunderts gemacht wurden. Die Kinder hatten alle sehr helle Augen, und sahen schon ziemlich unheimlich aus. Manchmal fragte ich mich, ob sie schon gestorben waren, oder nicht. Aber die bedeckte Figur, die auf jedem Foto hinter dem Kind zu sehen war, machte die ganze Szene noch gruseliger. Warum versteckte sich jemand hinter diese Kinder? Als ich den Artikel weiter las, erfuhr ich den Zweck dieser Bedeckung. Da die Photographie noch nicht ganz so effizient war, wie heute, mussten die Kinder sehr lange vor dem Objektiv sitzen bleiben, damit sie nicht unscharf wurden. Damals ist dem Fotografen wohl nichts besseres eingefallen, als das Kind auf dem Schoß von der Mutter zu setzen, und diese mit einem Schleier zu bedecken, damit sie auf dem Photo so gut wie unsichtbar erschien. Das Kind wird zum « King » und die Mutter zum Podest. Ein bedecktes, anonymes Podest. 

 

Das erste was mir einfiel, war eine Gerechtigkeit zu erstellen. Die Mütter sollten in meiner Arbeit im Vordergrund sein. Deshalb fing ich an, das einzige, was man von der Mutter überhaupt sehen kann, dar zu stellen. Ab diesem Moment habe ich sehr viel Zeit verbracht, verschiedene Arten von Faltenwürfe mit dem Kugelschreiber zu zeichnen. Teppiche, Schleier, Tischdecken, Laken… was für Stoffe es sind, weiss ich eigentlich nicht so genau. Auf jeden Fall sollten weder das Kind noch der Hintergrund abgebildet sein.

Während dieser lange und meditative Beschäftigung sind mir mehrere Fragestellungen und Themen eingefallen, an denen mich diese Gestalten erinnern. 

 

Zuerst gibt es eine starke Dichotomie zwischen diese komische Gespenster und die naive bzw. sorgenfreie Vorstellung, die man von der Kindheit hat. Man müsste diese Kinder schützen, statt sie von einem Ungeheuer umarmen zu lassen. 

 

Es gibt auch ein Bezug zu der Aktualität. Ob wir es wollen oder nicht, sind wir alle von Bilder und Texte geprägt, die uns in der Bahn oder auf der Strasse übermittelt werden. Es ist interessant zu beobachten, wie viele Leute, die sich meine Zeichnungen angucken, an Burqas denken, selbst wenn es überhaupt nicht meine Absicht war, den Betrachter zu diesem Thema zu leiten.

 

Diese Schleier können auch an einer Zeremonie erinnern, wo eine neue Statue inauguriert wird, und die Zuschauer nur auf dem Moment warten, wenn die Statue gezeigt wird. Davor sehen sie den Stoff, oder eher eine Spur, die die Statue hinterlässt. Die Gedanken von den Betrachtern sind an diesem Moment schon unter dem Schleier, selbst wenn die Augen noch davor sind.

Bei den Inaugurationen sind die Stoffe aber weiss — in dem Fall von den Hidden Mothers sind sie meistens bunt und mit viele Muster, damit die Aufmerksamkeit bloss nicht zu sehr auf die Person, die drunter steckt, fokussiert ist. 

 

Das Mysterium ist ein anderes Thema, das sehr präsent ist. Man weiss nicht, was hinter diesem Tuch steckt. Vielleicht ist es nicht die Mutter, es kann auch jemand anders sein, der Vater, eine Tagesmutter, oder ein Fremder — aber ist es überhaupt jemand? Es kann auch irgendetwas sein : unsere Phantasie und Vorstellungskraft werden erweckt. 

Auch Boris Groys hat in seinem Text On Art Activism dieses Thema behandelt. Seiner Meinung nach ist das Unsichtbare viel stärker in unserem Sinn geprägt als das Sichtbare. Zum Beispiel : wenn die Leute begraben sind, kann man nie sicher sein, dass sie tatsächlich tot sind, weil man sie nicht sieht. Im Gegenteil kann man mit Sicherheit behaupten, dass die Leute, die wie Lenin nicht begraben wurden, sondern deren Körper in der Öffentlichkeit gezeigt werden, gestorben sind.
Darum wird eigentlich die Aufmerksamkeit schon im originalen Foto auf die Mutter gesetzt, weil sie unser Neugier erregt. Sie ist da, aber nicht zu sehen. 

 

Man kann auch makabere Parallele zu diese Gewebe feststellen : sie erinnern mich manchmal an Leichentücher. Auf einem Bild, wo der Kopf eingewickelt wurde, musste ich an einem Geisel denken, der bald geopfert wird.

 

Das versteckte Gegenstand fasziniert mich schon seit langer Zeit. Diese Fragestellung von der Bedeckung im Bezug zu der Mutter gefällt mir, weil jeder Betrachter eine persönliche Herangehensweise zu dieser Arbeit hat, nämlich durch der eigenen Mutter. 

 

Diese Serie von Zeichnungen möchte ich weiter bearbeiten, indem ich die Mutter sozusagen ‘befreie’. Ich würde eine Reihenfolge erstellen, wo zuerst der Ausschnitt des Kindes noch deutlich zu erkennen ist, und dann die Form des Schleiers abstrakter wird. Man erkennt das Kind Schritt für Schritt immer schlechter, und es sind nur noch Stoffausschnitte zu sehen. Schliesslich löst sich die Mutter komplett auf, durch hysterische Striche, als ob sie vor Wut oder Ungeduld von der Zeichnung wegrennen würde.